Les enjeux du numérique dans le Livre Blanc sur la défense européenne (ReArm Europe) : IA, cybersécurité et technologies de pointe
Synthèse
Présentation du Livre blanc sur la défense Européenne publié le 19 mars 2025
Le Livre Blanc conjoint pour la préparation de la défense européenne 2030, publié le 19 mars 2025 par la Commission européenne et le Haut Représentant de l’Union, constitue le socle stratégique du plan ReArm Europe. Il appelle à une augmentation massive et coordonnée des investissements de défense, en réponse à une menace sécuritaire croissante et à des décennies de sous-investissement.
Le document fixe trois priorités :
- Soutenir l’Ukraine,
- Combler les déficits capacitaires critiques,
- Renforcer une base industrielle de défense compétitive.
Face à un ordre international en mutation et au risque réel de guerre à grande échelle, le Livre Blanc exhorte l’Union à ne plus subir la compétition géopolitique, mais à affirmer sa souveraineté stratégique.
Il insiste sur la nécessité d’une dissuasion crédible, d’une coopération accrue entre États membres, d’un écosystème d’innovation technologique, et d’une industrialisation accélérée de la défense. L’Ukraine est identifiée comme un enjeu central de sécurité, dans un contexte de menaces hybrides, de rivalités technologiques et de repositionnement des alliés comme les États-Unis.
Lien vers le Livre Blanc
Les enjeux du numérique dans le Livre Blanc sur la défense européenne (ReArm Europe)
Importance croissante des technologies numériques dans le domaine de la défense
Le Livre Blanc reconnaît explicitement l'importance stratégique des technologies numériques dans la modernisation des capacités de défense européennes. Cette reconnaissance se traduit par une série de mesures structurantes dans plusieurs domaines technologiques.
Domaines capacitaires prioritaires : Parmi les sept domaines capacitaires jugés essentiels, le Livre Blanc identifie « AI, Quantum, Cyber & Electronic Warfare » comme une priorité. Sont visées les applications militaires de l'intelligence artificielle (IA), de l'informatique quantique, ainsi que le développement de systèmes électroniques avancés pour la maîtrise du spectre électromagnétique et la liberté d'action dans le cyberespace. Il est également proposé de mettre en place un soutien volontaire aux capacités cyber offensives, en coordination avec les États membres.
Transformation de la nature de la guerre : Le document constate que l’émergence de technologies comme l’IA, le cloud, l’informatique quantique et la connectivité sécurisée modifie profondément les modes d’engagement militaire. Il souligne l'évolution vers une guerre technologiquement intégrée.
Technologies liées aux drones : Les drones et systèmes anti-drones figurent également parmi les domaines prioritaires. Le Livre Blanc décrit leur rôle croissant dans les opérations militaires modernes, et propose de soutenir leur production, notamment par des coentreprises entre l’industrie européenne et ukrainienne.
Robotique et systèmes autonomes : Le Livre Blanc évoque l’essor de la robotique militaire, en particulier l’emploi de véhicules terrestres autonomes pour les premières phases des opérations. L’IA embarquée est identifiée comme un axe de développement encore émergent dans lequel l’Europe peut se positionner.
Protection des infrastructures critiques et du spatial : L’utilisation et la protection de l’espace (communications, observation, navigation) sont considérées comme stratégiques. Le Livre Blanc propose d’améliorer l’accès de l’Ukraine aux services spatiaux de l’UE et de renforcer la cybersécurité des infrastructures spatiales.
Compétition technologique mondiale : Le document précise que la technologie est au cœur de la compétition géopolitique mondiale. Il mentionne l’IA, le quantique, la biotechnologie, la robotique et les technologies hypersoniques comme déterminantes pour la souveraineté militaire et économique.
Soutien à l’innovation industrielle : Le Livre Blanc encourage le développement de nouveaux procédés industriels, comme la fabrication additive, la conception distribuée et l’intégration de l’IA dans les processus de production. Il met en avant le rôle du programme EUDIS et du pôle HEDI dans la promotion de ces technologies.
Feuille de route technologique européenne : Une feuille de route technologique dédiée à l’armement est annoncée, avec une priorité accordée à l’IA et au quantique, dans une logique d’investissement ciblé sur les technologies à double usages.
Compétences et formation : Le document souligne que le développement de ces technologies nécessite des compétences avancées en STIM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), notamment dans les domaines de la cybersécurité, des systèmes autonomes, des systèmes d’information intelligents et de l’informatique haute performance.
Investissements ciblés : La Banque européenne d’investissement (BEI) prévoit de doubler ses investissements annuels dans des projets liés aux drones, à l’espace, à la cybersécurité et aux technologies quantiques, pour atteindre 2 milliards d’euros par an.
Les technologies numériques prioritaires identifiées
Intelligence Artificielle (IA) et informatique quantique
"Dans un premier temps, l'UE se concentrera sur l'IA et le quantique.""
Applications militaires de l’IA
L’IA est considérée comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité et l’autonomie des forces armées. Les principaux cas d’usage incluent :
- Analyse de données et renseignement : traitement massif de données pour renforcer la connaissance de la situation, détecter les menaces et soutenir la prise de décision en temps réel.
- Systèmes autonomes : pilotage de drones aériens, navals, terrestres et sous-marins, avec une autonomie croissante dans les missions de surveillance, de reconnaissance ou de combat.
- Cybersécurité : détection anticipée des cybermenaces, réponse automatisée aux attaques et sécurisation des infrastructures numériques critiques.
- Guerre électronique : optimisation des systèmes de brouillage, de détection et de neutralisation des communications et radars ennemis.
- Logistique et maintenance prédictive : gestion optimisée des approvisionnements et anticipation des défaillances matérielles.
- Soutien à la décision : assistance aux commandants via des recommandations générées par des modèles d’IA.
- Robots militaires : développement de systèmes robotisés intelligents capables d’agir de manière autonome sur le terrain.
Applications militaires de l’informatique quantique
Bien que toujours émergentes, les technologies quantiques offrent des perspectives de rupture dans plusieurs domaines :
- Cryptographie et cybersécurité : menace sur les systèmes de chiffrement actuels et nécessité de développer une cryptographie quantique résiliente.
- Simulation et modélisation : capacité à effectuer des simulations complexes (matériaux, dynamiques de combat, modélisation chimique) pour accélérer la R&D militaire.
- Capteurs quantiques : dispositifs de détection extrêmement précis, utiles pour la navigation sans GPS, la surveillance sous-marine ou la détection furtive.
- IA quantique : synergie entre calcul quantique et IA pour améliorer les capacités d’apprentissage et de traitement de données.
Initiatives européennes de soutien
Pour accompagner le développement de ces technologies critiques, plusieurs leviers européens sont mobilisés :
- Une feuille de route technologique européenne se concentrera dans un premier temps sur l’IA et le quantique, afin d’orienter les investissements aux niveaux européen, national et privé vers les capacités à double usage.
- Le Fonds européen de défense (FED), via le programme EUDIS et le Hub européen d’innovation en défense (HEDI), soutiendra l’expérimentation et l’intégration rapide de solutions innovantes.
- Le Fonds TechEU Scale-up financera des projets technologiques stratégiques à fort potentiel, incluant l’IA et le quantique.
- La Banque européenne d’investissement (BEI) prévoit de doubler ses investissements annuels, jusqu’à 2 milliards d’euros, pour soutenir notamment les technologies quantiques.
- Le nouveau mécanisme SAFE introduira des conditions de financement renforcées pour les systèmes complexes, avec des exigences accrues en matière de souveraineté technologique.
Mobilisation de l’écosystème et des compétences
Le Livre Blanc appelle à mobiliser l’ensemble de l’écosystème d’innovation européen, y compris les startups civiles, les laboratoires de recherche et les acteurs privés, pour accélérer le transfert technologique vers la défense. Il encourage une collaboration renforcée avec les investisseurs privés et une simplification des cadres réglementaires pour faciliter l’accès au financement. Il insiste sur le développement des compétences en STIM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), essentielles pour former les futurs professionnels capables de concevoir, intégrer et maîtriser ces nouvelles technologies.
Intégration accélérée
L’Agence européenne de défense (EDA) utilisera HEDI pour organiser des campagnes d’expérimentation, favorisant l’adoption rapide de solutions basées sur l’IA ou le quantique dans les capacités militaires existantes ou nouvelles.
Cybersécurité et guerre électronique
Stratégies pour protéger le cyberespace européen
Le Livre Blanc accorde une importance stratégique à la protection du cyberespace, intégrée dans le domaine capacitaire prioritaire « AI, Quantum, Cyber & Electronic Warfare ». Il expose plusieurs axes d’action pour garantir la liberté de manœuvre numérique des forces européennes et renforcer la résilience face aux cybermenaces.
Développement de capacités cyber défensives et offensives
La protection du spectre électromagnétique et l'accès libre aux capacités numériques sont considérés comme des prérequis opérationnels. Le développement de systèmes électroniques avancés est proposé pour sécuriser les environnements terrestre, aérien, maritime et spatial. Parallèlement, la nécessité d’assurer la liberté d’action dans le cyberespace est affirmée, ce qui implique de disposer de capacités défensives robustes mais aussi de capacités offensives crédibles à des fins de dissuasion.
Coopération et partage d'informations
Le Livre Blanc encourage le renforcement de la coopération entre États membres, en particulier dans la prévention et la gestion des cyberattaques. L’UE est également invitée à collaborer étroitement avec l’Ukraine, notamment pour la protection des actifs stratégiques. L’intégration de l’Ukraine au Centre d’analyse et de partage d’informations spatiales de l’UE (ISAC) constitue un exemple de cette stratégie de mise en réseau des informations de sécurité.
Protection des infrastructures critiques
Les infrastructures critiques sont identifiées comme des éléments stratégiques à sécuriser dans la catégorie des « facilitateurs stratégiques ». Si le Livre Blanc n’explicite pas les mesures cyber dédiées à ces infrastructures, il est implicite que leur protection numérique est un enjeu central, notamment pour les secteurs de l’énergie, de la mobilité militaire ou des communications.
Lutte contre les menaces hybrides
Les cyberattaques sont classées parmi les menaces hybrides. Une future Stratégie de l’Union pour la préparation est annoncée, visant à structurer les actions de prévention, de détection et de réponse face à ces risques croissants. Cette approche intégrée s’appliquera à tous les domaines de la sécurité, y compris le numérique.
Recherche et innovation
La cybersécurité est intégrée aux priorités technologiques émergentes. Le soutien à la recherche appliquée et à l’innovation technologique via des programmes comme EUDIS ou le Fonds européen de défense peut également bénéficier à des projets de cybersécurité avancée, en synergie avec l’IA.
Sécurité des frontières
Le projet de Bouclier frontalier oriental vise à renforcer les frontières extérieures de l’UE face aux menaces militaires et hybrides. Il inclut potentiellement des systèmes numériques et cyber-sécurisés pour surveiller et protéger ces zones sensibles.
Propositions de capacités cyber offensives conjointes entre États membres
Le Livre Blanc reconnaît la nécessité de disposer de capacités cyber offensives comme élément clé de la dissuasion européenne, mais n’envisage pas de mécanisme centralisé ou contraignant. Il propose plutôt une approche souple et volontaire, fondée sur la coopération.
Système de soutien volontaire
Il est proposé de mettre en place un régime de soutien volontaire entre États membres pour le développement de capacités cyber offensives. Ce système permettrait une coopération renforcée sans remettre en cause la souveraineté nationale en matière de défense, dans un cadre souple et réversible.
Cadres existants de coopération
Plusieurs dispositifs peuvent servir de base à cette coopération :
- PESCO (Coopération structurée permanente) : permet de lancer des projets conjoints dans le domaine de la défense, y compris potentiellement sur des capacités cyber offensives.
- EDA et HEDI : l’Agence européenne de défense pourrait utiliser le Hub européen d’innovation de défense pour organiser des campagnes d’expérimentation, incluant des composantes offensives dans le domaine cyber.
- Dialogue stratégique avec l’industrie : ce dialogue inclura les besoins spécifiques liés aux capacités cyber offensives et les opportunités de coopération industrielle.
Approche respectueuse de la souveraineté
Le caractère non contraignant de ces propositions reflète la sensibilité du sujet. La coopération offensive en matière de cybersécurité reste subordonnée à la volonté des États membres, qui conservent le contrôle de leurs moyens et stratégies.
Protection des infrastructures critiques et des capacités spatiales
Sécurisation des infrastructures vitales et recours aux technologies avancées
Le Livre Blanc accorde une attention particulière à la protection des infrastructures critiques, considérées comme des éléments structurants de la résilience et de la capacité d’action de l’Union européenne en cas de crise ou de conflit. Cette priorité s’inscrit dans la catégorie des « facilitateurs stratégiques », aux côtés des capacités de mobilité, de ravitaillement, de renseignement et de cybersécurité.
Importance de la sécurisation des infrastructures vitales
Plusieurs menaces et vulnérabilités sont identifiées :
- Menaces croissantes sur les infrastructures maritimes et sous-marines : des activités de sabotage en mer Baltique et en mer Noire mettent en péril des infrastructures essentielles, comme les câbles sous-marins, les pipelines ou les plateformes offshore.
- Mobilité militaire : les forces armées européennes dépendent d’un accès sécurisé à des infrastructures de transport à double usage (ports, aéroports, réseaux ferroviaires et routiers). Leur maintenance, réparation et sécurisation sont jugées prioritaires.
- Protection des frontières extérieures : le projet de Bouclier frontalier oriental prévoit le développement d’infrastructures physiques renforcées aux frontières terrestres de l’UE, en réponse aux menaces militaires et hybrides.
- Dépendance aux chaînes d’approvisionnement stratégiques : la nécessité de sécuriser l’accès aux matières premières critiques est soulignée, notamment face aux tensions internationales (comme dans le détroit de Taïwan) pouvant perturber l’approvisionnement en matériaux et composants essentiels.
- Numérisation croissante des infrastructures : la vulnérabilité des systèmes d’énergie, de communication et de transport face aux cyberattaques est implicite. La sécurisation de ces systèmes numériques interconnectés est un enjeu de sécurité nationale et européenne.
Technologies avancées pour la protection des infrastructures
Pour répondre à ces menaces, le Livre Blanc préconise le recours à des technologies de défense de nouvelle génération, capables de renforcer la détection, la prévention et la réponse face aux attaques.
- Systèmes de surveillance modernes : dans le cadre du Bouclier frontalier, l’UE prévoit d’installer des capteurs et dispositifs de surveillance intelligents, incluant potentiellement l’analyse d’images par IA, la détection automatisée de mouvements suspects ou l’alerte précoce.
- Technologies spatiales : l’utilisation et la protection de l’espace sont considérées comme stratégiques. Les services de navigation, de communication sécurisée et d’observation de la Terre sont essentiels au bon fonctionnement des infrastructures civiles et militaires. La coopération avec l’Ukraine vise notamment à renforcer la résilience de ses actifs spatiaux.
- Cybersécurité et spectre électromagnétique : la protection de l’accès au cyberespace et au spectre électromagnétique figure parmi les priorités technologiques. Des systèmes électroniques avancés doivent être développés pour garantir une liberté d’action numérique, y compris pour les infrastructures critiques.
- IA et technologies quantiques : ces technologies sont au cœur de la feuille de route technologique européenne, car elles offrent des leviers puissants pour :
- la détection proactive des menaces cyber ;
- la modélisation des vulnérabilités ;
- la résilience des communications.
- Drones et contre-drones : les drones peuvent être utilisés pour inspecter, surveiller et cartographier les infrastructures critiques, tandis que les systèmes anti-drones visent à les protéger contre les intrusions ou actes hostiles.
Capacités spatiales : communications, navigation, observation et autonomie stratégique
Le Livre Blanc insiste sur l’importance croissante des capacités spatiales sécurisées pour la défense européenne. Les systèmes de communication, de navigation et d’observation basés dans l’espace jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des forces armées, la coordination des opérations et la résilience des infrastructures critiques. Parallèlement, l’acquisition d’une autonomie stratégique dans le domaine spatial devient un objectif implicite mais structurant de la politique de défense européenne.
Investissements dans les communications spatiales sécurisées, la navigation et l’observation
Les capacités spatiales sont identifiées comme des infrastructures critiques à double usage, servant à la fois des objectifs civils et militaires. Plusieurs éléments du Livre Blanc illustrent cet enjeu :
- Les services de positionnement, navigation et synchronisation (PNT), les communications sécurisées et l’observation de la Terre sont mentionnés comme des composants essentiels à la mobilité, à la connaissance de la situation et à la coordination des forces.
Le Livre Blanc intègre ces capacités dans la catégorie des « facilitateurs stratégiques », appelant à des efforts renforcés de protection, de modernisation et d’investissement. - Dans le cadre du soutien à l’Ukraine, l’UE prévoit un accès renforcé aux actifs et services spatiaux européens, y compris ceux fournis par des opérateurs commerciaux basés dans l’UE. L’Ukraine est également invitée à rejoindre le Centre d’analyse et de partage d’informations spatiales de l’UE (ISAC).
- La cybersécurité des actifs spatiaux est également prise en compte, avec une volonté affirmée de coopérer pour contrer les menaces cyber susceptibles de viser les infrastructures orbitales.
- La Banque européenne d’investissement (BEI) prévoit de financer des projets dans le domaine spatial, incluant potentiellement des investissements dans les systèmes de communication, de navigation et d’observation sécurisés.
Initiatives pour renforcer l’autonomie stratégique de l’UE dans l’espace
Sans constituer une section autonome, l’objectif d’autonomie stratégique dans l’espace traverse plusieurs parties du Livre Blanc :
- Le développement de capacités européennes robustes, sécurisées et indépendantes est présenté comme une réponse à la dépendance excessive à des fournisseurs extérieurs, dans un contexte de compétition géopolitique croissante.
- Les instruments comme l’EUDIS et le Hub européen d’innovation de défense (HEDI) peuvent soutenir l’innovation dans les technologies spatiales critiques.
- La future feuille de route technologique européenne en matière d’armement, focalisée initialement sur l’IA et le quantique, pourrait être élargie aux composantes spatiales, compte tenu de leur rôle central dans les opérations de défense modernes.
- L’accent mis sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement, notamment en matières premières critiques, concerne également les matériaux et composants nécessaires à l’industrie spatiale.
- L’UE entend agréger la demande et soutenir la capacité de production industrielle sur le territoire européen, ce qui pourrait inclure le secteur spatial dans une logique d’autonomie.
- Enfin, l’ouverture à une coopération avec des partenaires partageant les mêmes valeurs, comme l’Ukraine, permettrait de mutualiser les efforts sans accroitre les dépendances stratégiques.
Innovation et coopération industrielle
Processus industriels innovants
Le Livre Blanc souligne l’importance stratégique de la transformation industrielle du secteur de la défense par le biais de technologies de rupture, en particulier l’intelligence artificielle (IA) et la fabrication additive. Ces technologies sont perçues comme des catalyseurs de modernisation, d’autonomie stratégique et de réactivité industrielle face aux défis sécuritaires contemporains.
Promotion de la fabrication additive et de l’IA dans l’industrie de la défense
L’IA et la fabrication additive sont intégrées dans une vision plus large de la transformation numérique de l’industrie de la défense :
- Le Livre Blanc évoque une transformation profonde de la nature de la guerre induite par des technologies telles que l’IA, le cloud et l’informatique quantique.
- Il appelle à soutenir activement le développement de nouveaux processus industriels, notamment :
- la conception et la fabrication distribuées,
- la fabrication additive (impression 3D industrielle),
- et l’intégration de l’IA dans les chaînes de production et dans la conception de systèmes intelligents.
- Ces innovations visent à accélérer les cycles de développement, à réduire les coûts et à renforcer la flexibilité industrielle, tout en soutenant la souveraineté technologique européenne.
- Le document insiste aussi sur l’adaptation des compétences professionnelles : les employés de l’industrie de la défense devront être capables de traiter les données, d’exploiter les systèmes autonomes et de mettre en œuvre des systèmes d’information intelligents, en lien direct avec l’IA.
Feuille de route technologique Européenne en matière d'armement
Investissements dans les technologies à double usage : IA et quantique
Le Livre Blanc insiste sur la nécessité de soutenir activement les technologies à double usage, c’est-à-dire celles qui présentent des applications tant civiles que militaires. Il reconnaît que les frontières entre innovation civile et défense sont de plus en plus floues, en particulier dans des domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle (IA) et l’informatique quantique.
Un levier de croissance et de souveraineté
L’IA et le quantique sont identifiés comme des technologies critiques, indispensables à la fois pour la prééminence militaire et pour la croissance économique à long terme. Le Livre Blanc souligne que les concurrents stratégiques de l’UE investissent massivement dans ces domaines, accentuant le risque de dépendance technologique. Dans ce contexte, l’UE prévoit la publication d’une feuille de route technologique européenne en matière d’armement, destinée à structurer les investissements dans les capacités technologiques avancées à double usage, au niveau européen, national et privé. Cette feuille de route se concentrera dans un premier temps sur l’IA et le quantique.
Renforcement des compétences en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM)
Importance des compétences avancées pour la défense de demain
Le Livre Blanc affirme que la réussite de la montée en puissance des capacités de défense repose sur la disponibilité de talents qualifiés, à tous les niveaux de la chaîne industrielle : des PME aux maîtres d’œuvre, des techniciens aux ingénieurs. Il note que si le secteur européen de la défense dispose d’employés spécialisés, l’expansion nécessaire de l’industrie impliquera de former, requalifier et recruter massivement dans les années à venir. Cette transformation est accélérée par la complexité croissante des technologies, qui crée de nouveaux types de métiers et exige un renouvellement constant des compétences.
Les employés de l’industrie devront être capables de :
- traiter et exploiter les données ;
- maîtriser des technologies dans des domaines émergents comme les systèmes autonomes, les systèmes de cybersécurité, les architectures d'information intelligentes ou les systèmes informatiques de haute performance.
Le Livre Blanc insiste sur le rôle clé des compétences STIM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), en lien avec l’initiative de l’Union des compétences, dans les domaines de la sécurité et de la défense.
Initiatives pour former et requalifier les talents
Le document propose une approche inclusive du renforcement des compétences, en soulignant l’importance de requalifier les travailleurs issus de secteurs en transition. L’Union des compétences prévoit une Garantie de compétences pour les salariés confrontés à des mutations économiques, afin de leur permettre de se rediriger vers des secteurs porteurs comme la défense. Le Livre Blanc souligne que l’expansion du secteur de la défense offrira des opportunités de reconversion aux personnels affectés par des suppressions de postes dans d’autres industries. Cette stratégie repose sur la mise en place de dispositifs de formation adaptés, qui permettront à l’industrie de la défense de rivaliser avec d’autres secteurs pour attirer des profils à haut potentiel. L’accent est mis sur la maîtrise des technologies de rupture, en particulier dans la cybersécurité, les systèmes autonomes et le traitement avancé des données, qui nécessitent des formations spécialisées, continues et évolutives.
Financement et partenariats stratégiques
Le renforcement des capacités de défense européennes ne peut reposer uniquement sur la technologie ou les investissements. Le facteur humain, la mobilisation des financements stratégiques et la coopération avec les partenaires clés sont des leviers essentiels pour garantir la souveraineté et la résilience de l’Europe dans un contexte de mutation géopolitique et technologique rapide.
Investissements de la Banque Européenne d’Investissement (BEI)
La BEI prévoit de doubler ses investissements annuels pour atteindre 2 milliards d’euros, avec une priorité accordée aux projets liés :
- aux drones,
- aux technologies spatiales,
- à la cybersécurité,
- et à l’informatique quantique.
Ces investissements ciblent directement les technologies stratégiques identifiées dans le Livre Blanc et soutiennent l’autonomie technologique européenne. Ils témoignent d’une volonté politique d’adapter les instruments financiers de l’UE aux priorités de défense, en :
- étendant les critères d’éligibilité de la BEI aux projets liés à la sécurité,
- et en remplaçant les initiatives ponctuelles par une approche transversale et durable, intégrée à sa stratégie institutionnelle.
Coopération avec les États-Unis
Le Livre Blanc reconnaît la nécessité de maintenir une coopération forte et équilibrée avec les États-Unis, tout en affirmant une plus grande autonomie européenne :
- Les États-Unis restent un allié stratégique, mais leur désengagement partiel du théâtre européen impose à l’UE de prendre davantage de responsabilités pour sa propre défense.
- Le dialogue bilatéral renforcé dans les domaines du cyber et de l’espace est jugé essentiel pour faire face aux menaces hybrides et aux défis technologiques partagés.
- La chaîne d’approvisionnement transatlantique, historiquement profonde et interconnectée, devrait continuer de bénéficier aux deux parties. Ce dialogue permettra d’anticiper les tensions et de proposer des solutions communes à court et moyen terme.
Conclusion
Le Livre Blanc consacre une place centrale aux technologies numériques dans sa vision de la défense européenne du futur. Il reconnaît que, dans un environnement géopolitique marqué par la compétition technologique et les menaces hybrides, la maîtrise du numérique devient un enjeu stratégique de premier ordre. À ce titre, plusieurs orientations structurantes émergent de ses propositions.
D’une part, le Livre Blanc met en avant des priorités technologiques claires, notamment dans les domaines de la cybersécurité, de la guerre électronique, de l’intelligence artificielle, de l’informatique quantique et de l’espace. Il encourage le développement de capacités cyber défensives et offensives, la protection des infrastructures critiques et des actifs spatiaux, ainsi que l’intégration de systèmes électroniques avancés pour garantir la liberté d’action dans le cyberespace.
D’autre part, des investissements structurés sont proposés, tant au niveau européen qu’au niveau des États membres et du secteur privé, afin de soutenir l’émergence d’un écosystème d’innovation technologique européen souverain. L’UE prévoit notamment une feuille de route technologique axée sur l’IA et le quantique, des financements ciblés par la BEI, ainsi que l’activation de leviers comme l’EUDIS et le HEDI pour accompagner l’innovation de rupture et son intégration rapide dans les capacités de défense.
En parallèle, le Livre Blanc souligne l’importance d’accélérer la transformation numérique de l’industrie de la défense, en favorisant des procédés comme la fabrication additive, la conception distribuée et l’usage intensif de l’IA dans les chaînes de production. Il appelle également à mobiliser les talents et à former massivement les travailleurs pour répondre aux besoins croissants en compétences dans les domaines technologiques avancés.
Les perspectives d’avenir esquissées dans ce document sont claires :
- construire un avantage technologique durable pour l’Europe ;
- renforcer la résilience des capacités de défense face aux menaces numériques ;
- faire émerger une industrie de défense compétitive, innovante et intégrée ;
- intensifier la coopération stratégique avec des partenaires de confiance, notamment dans le cyber et l’espace ;
- et assurer une intégration cohérente des capacités spatiales dans les architectures de défense.
Affaire à suivre : "En 2025, l'UE présentera une feuille de route technologique européenne pour l'armement concernant les investissements dans les capacités technologiques avancées à double usage".
Le logiciel RGPD du DPO
Les DPO internes, vous disposez de documentations et d’outils intuitifs, permettant la collaboration avec vos équipes.
Les DPO mutualisés et externes (consultants freelance, cabinets d'avocats ou de conseil, institutions publiques), en plus de disposer des mémes fonctionnalités que les DPO internes pour tous vos clients, vous gérez ensemble sur une seule plateforme.