Sécurité de la supply chain : intégrer NIS2, RGPD et bonnes pratiques opérationnelles
09/01/2025
Sommaire
- 1. Définition : qu’est-ce qu’une supply chain ?
- 2. Lien avec le contexte actuel
- 3. Qui est concerné ?
- 4. Supply chain et notion de « sous-traitant » au sens du RGPD
- 5. Risques d’une supply chain mal gérée
- 6. Réglementations qui s’intéressent à la bonne gestion de la supply chain
- 7. Comment bien gérer sa supply chain : questions clés et actions concrètes
- Conclusion : la souveraineté numérique comme levier complémentaire
La gestion de la supply chain (chaîne d’approvisionnement) ne se limite plus à l’optimisation des flux ou à la réduction des coûts logistiques. Aujourd’hui, elle constitue un élément central de la résilience opérationnelle, de la maîtrise des risques et de la conformité réglementaire. La crise sanitaire, les tensions géopolitiques, l’accélération de la transformation numérique et l’intensification des cybermenaces rendent la compréhension et la maîtrise de cette chaîne indispensable pour les organisations.
Cet article propose une analyse structurée de ce qu’est une bonne gestion de la supply chain, en répondant aux questions essentielles que toute organisation soucieuse de sa résilience doit se poser.
1. Définition : qu’est-ce qu’une supply chain ?
La supply chain, ou chaîne d’approvisionnement, désigne l’ensemble des étapes reliant les ressources, les acteurs et les processus impliqués dans la production, la distribution et la livraison d’un produit ou service jusqu’au client final. Elle couvre notamment :
- la recherche et conception,
- l’approvisionnement en matières premières ou services,
- la fabrication et intégration,
- le transport et la logistique,
- la distribution et maintenance,
- jusqu’au retrait ou recyclage des produits.
Elle inclut aussi bien les interactions internes qu’avec des tiers externes, tels que les fournisseurs, les sous-traitants, ou encore les prestataires de services numériques.
2. Lien avec le contexte actuel
La supply chain ne peut plus être abordée indépendamment du contexte mondial, qui met en lumière ses vulnérabilités :
- Des chaînes globalisées et complexes : l’interdépendance accrue entre marchés et fournisseurs multiplie les points potentiels de défaillance.
- Dépendance numérique croissante : nombreux sont les produits et services supportés par des technologies de l’information qui créent de nouveaux vecteurs de risques.
- Cybermenaces de plus en plus sophistiquées : des attaques ciblant les fournisseurs ou prestataires peuvent, à rebours, compromettre des organisations majeures.
- Tensions géopolitiques et ruptures d’approvisionnement : crises sanitaires, blocages logistiques ou sanctions internationales peuvent altérer la disponibilité de composants critiques.
Ces facteurs rendent la supply chain stratégiquement essentielle, non seulement pour assurer la continuité des opérations, mais aussi pour maîtriser les risques opérationnels et réputationnels.
3. Qui est concerné ?
Toutes les organisations qui dépendent de tiers pour fournir des biens, services ou infrastructures critiques sont concernées par la gestion de leur supply chain.
D’un point de vue réglementaire en Europe, certains cadres identifient spécifiquement des catégories d’entités pour lesquelles cette gestion est encadrée :
- les Entités Essentielles et Importantes définies par la directive NIS2 (réseaux et systèmes d’information critiques) : elles doivent intégrer la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement dans leurs démarches de gestion des risques.
- les organisations visées par des réglementations sectorielles comme DORA dans le secteur financier, qui renforcent la résilience opérationnelle face aux tiers.
- de manière plus large, toute entreprise dont la performance dépend de fournisseurs critiques est concernée par les attentes des clients, prescripteurs ou régulateurs en matière de maîtrise des risques tiers.
L’impact n’est donc pas uniquement technique : il structure les relations commerciales et les obligations contractuelles avec les partenaires.
4. Supply chain et notion de « sous-traitant » au sens du RGPD
Dans le cadre du RGPD, un sous-traitant est une organisation qui traite des données personnelles pour le compte d’un responsable de traitement, par exemple un prestataire de services cloud, un hébergeur de données ou un éditeur de logiciel.
Dans une perspective de gestion de la supply chain numérique, cette notion est importante pour plusieurs raisons :
- Beaucoup de fournisseurs ou prestataires de la chaîne d’approvisionnement traite(nt) des données personnelles ou accèdent à des infrastructures numériques portant sur ces données.
- Le responsable de traitement doit vérifier que ses sous-traitants offrent des garanties suffisantes en matière de sécurité et de confidentialité, et que les mesures contractuelles (clauses de traitement) sont en place comme l’exige l’article 28 du RGPD.
- La due diligence sur les fournisseurs devient une extension logique de l’approche de conformité : elle doit évaluer non seulement la sécurité des systèmes mais aussi la capacité de chaque tiers à respecter les obligations RGPD (p.ex. notification des violations, mesures techniques et organisationnelles appropriées).
Cette articulation montre que la gestion de la supply chain ne se limite pas à la logistique, mais fait partie intégrante du gouvernement des risques liés au traitement des données.
5. Risques d’une supply chain mal gérée
Une chaîne d’approvisionnement mal maîtrisée s’accompagne de risques qui ne sont pas seulement techniques, mais aussi juridiques, opérationnels et réputationnels.
Risques techniques
- Introduction de vulnérabilités ou de code malveillant issues de composants tiers.
- Point de rupture unique (single point of failure) si un fournisseur critique manque de résilience.
💡 Un point de rupture unique (single point of failure) désigne un élément critique d’un système dont la défaillance suffit, à elle seule, à provoquer l’arrêt total ou une dégradation majeure de l’ensemble du dispositif.
- Absence de visibilité sur les composants logiciels ou matériels (et donc incapacité à détecter des vulnérabilités émergentes).
Risques juridiques et de conformité
- Sanctions pour non-respect des cadres applicables (RGPD, NIS2, DORA, etc.).
- Responsabilité en cas d’incident chez un tiers entraînant une violation des données ou des interruptions de service.
- Action de la part de clients ou partenaires pour manquement contractuel.
Risques réputationnels et opérationnels
- Perte de confiance des clients ou du marché après un incident majeur lié à un prestataire.
- Difficultés à assurer la continuité d’activité si un fournisseur critique est indisponible.
Ces risques montrent que chaque maillon est un vecteur potentiel d’exposition globale et que la gouvernance de la chaîne devrait être intégrée à la gestion des risques de l’entreprise.
6. Réglementations qui s’intéressent à la bonne gestion de la supply chain
La gestion de la supply chain n’est plus facultative : plusieurs cadres juridiques européens et nationaux imposent des obligations strictes.
Directive NIS2 (Network and Information Security 2)
- Directive supposée être prochainement transposée en France, NIS2 impose aux entités essentielles et importantes de mettre en œuvre des mesures de sécurité incluant la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement et les relations avec les fournisseurs ou prestataires de services externes.
- L’article 21 du texte organise une gestion proactive des risques, incluant l’évaluation des vulnérabilités chez les fournisseurs directs.
Digital Operational Resilience Act (DORA)
- Applicable directement depuis janvier 2025, ce règlement européen impose aux acteurs du secteur financier une gestion robuste des risques liés aux technologies de l’information, y compris ceux émanant de prestataires tiers.
- DORA comprend des exigences sur l’analyse des risques, la supervision des fournisseurs et la contractualisation de mesures de cybersécurité.
RGPD
- L’article 28 du RGPD impose des obligations spécifiques dans le cadre des contrats avec des sous-traitants qui participent à la chaîne d’approvisionnement numérique.
CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive)
- Bien que ce texte soit en cours de finalisation, il vise à imposer une due diligence sur les impacts sociaux, humains et environnementaux tout au long de la chaîne de valeur, incluant les fournisseurs.
Normes et cadres complémentaires
- ISO 27001 ou normes relatives à la gestion des risques fournisseurs structurent les bonnes pratiques.
Cette palette de réglementations (et normes) montre que la bonne gestion de la supply chain est devenue une obligation juridique et un facteur de résilience stratégique.
7. Comment bien gérer sa supply chain : questions clés et actions concrètes
Une supply chain bien gérée est transparente, résiliente et conforme.
Questions essentielles à se poser
- Quelles sont mes dépendances critiques ?
Identifier les fournisseurs (y compris ceux de rang 2 ou 3) dont la défaillance serait la plus impactante. - Quel est le niveau de maturité de mes prestataires ?
Intégrer des critères de cybersécurité, de conformité et de conformité RGPD dans les processus d’évaluation. - Comment mes données circulent-elles ?
Comprendre les flux de données, notamment personnelles, dans l’écosystème tiers et évaluer les garanties offertes. - Mes contrats sont-ils adaptés ?
Clauses d’audit, obligations de notification d’incident, SLA de sécurité et droits de révision doivent être anticipés.
Actions concrètes à prévoir
- Cartographie des fournisseurs multi-niveaux (y compris prestataires de rang supérieur).
- Analyses de criticité et de dépendance pour catégoriser les risques.
- Documentation des risques et plans de mitigation au même titre que les risques internes.
- Intégration de documents de type SBOM pour les composants logiciels.
- Clauses contractuelles renforcées : obligations de sécurité, délais de notification, droits d’audit.
- Surveillance continue et révisions périodiques des tiers.
- Diversification (multisourcing) pour réduire l’exposition à un seul prestataire.
Une démarche structurée et documentée améliore non seulement la résilience mais aussi la conformité réglementaire.
Conclusion : la souveraineté numérique comme levier complémentaire
La gestion de la supply chain s’affirme aujourd’hui comme un enjeu de gouvernance et de résilience, qui dépasse largement la simple optimisation logistique. Une chaîne d’approvisionnement maîtrisée implique de connaître ses dépendances, d’évaluer les risques, d’intégrer les obligations réglementaires et de structurer des relations contractuelles robustes avec ses partenaires.
Dans ce cadre, la notion de souveraineté numérique peut être considérée comme un élément complémentaire pour renforcer la maîtrise des dépendances technologiques et des flux d’information. Cette notion désigne la capacité d’une organisation ou d’un territoire à contrôler où ses données sont stockées, comment elles sont traitées et qui peut y accéder, ce qui peut faciliter la gestion des risques liés aux tiers et améliorer la conformité réglementaire.
Plutôt que de viser une indépendance totale, l’objectif est souvent d’accroître la résilience face aux interruptions, aux verrouillages technologiques ou aux dépendances excessives à des fournisseurs uniques, ce qui rejoint directement les objectifs d’une supply chain plus robuste et plus adaptée aux défis actuels.
Ainsi, la souveraineté numérique n’est pas une solution miracle, mais un levier parmi d’autres, à intégrer dans une stratégie globale de gestion des risques de la supply chain : elle encourage une meilleure connaissance des dépendances, augmente les marges de manœuvre en situation de crise et facilite la mise en conformité avec des obligations comme celles du RGPD, de NIS2 ou de DORA.
En somme, considérer la souveraineté numérique comme un complément stratégique permet d’aborder la gestion de la chaîne d’approvisionnement avec une vision plus large de contrôle, de résilience et de maîtrise des risques dans un environnement numérique interdépendant.
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